11:33 am, in-vivo
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Y a-t-il déjà eu des femmes élues députées dans votre circonscription ? Pour le savoir, filez sur le site paris2012.fr. Une nouvelle campagne très efficace de Osez le féminisme ! Avez-vous lu le texte du bas l’affiche ? “Faisons de la parité une réalité ! 80% des députés sont des hommes. Pourtant, nul besoin de pénis pour voter une loi.” CQFD. On apprend que la France, après avoir été pionnière en votant une loi pour la parité en 2000, est 69ème dans les classements internationaux sur la parité dans les Parlements, loin derrière les pays scandinaves, le Mozambique ou encore la Biélorussie. 
Alors, certes, le gouvernement d’Ayrault est paritaire. Et notre Ministre du Droit des femmes, Najat Vallaud Belkacem, fait bonne figure - en plus d’être une femme, elle est franco-marocaine et benjamine du gouvernement. Mais pourquoi Ayrault s’est-il senti obligé de poser sur une photo avec les femmes à part ? Trophy ministers ?
Osez le féminisme ! veille, mais aussi le Laboratoire pour l’égalité qui appelle toujours les partis politiques et élu-e-s à signer le Pacte pour l’égalité. 
Si la question vous intéresse (elle me passionne !), je vous encourage à prendre le temps de regarder le webdocu Qui va garder les enfants ? qui suit le quotidien de six familles et interroge la prise en charge de leur progéniture et le partage des tâches ménagères. Il s’agit là d’un véritable portrait de la France d’aujourd’hui, du “père en garde alternée” aux “deux mamans” en passant par “mariés, quatre enfants”, la “maman solo” ou “les parents nouvelle génération”. Dans les pratiques données à voir et les propos donnés à entendre, on perçoit que quelle que soit la classe sociale et la classe d’âge, le métier exercé et, probablement, le bulletin de vote glissé dans l’urne, les clichés ont la vie dure et les choses changent… lentement. Les petites séquences de vie quotidienne, parfois commentées par l’homme et la femme - cela vaut le détour d’écouter les deux voix ! - sont ponctuées par des interventions de chercheurs et chercheuses, décrypteurs de la question. L’incontournable François de Singly pointe ce qu’il appelle “l’injustice ménagère”, Marie-Agnès Barrère-Maurisson évoque le principe du “temps parental”, quand Catherine Vidal, neurobiologiste rappelle que la capacité des femmes à être multi-tâches et organisées n’est certainement pas écrite dans leur cerveau mais le fruit d’un pur apprentissage social. Au final, on en revient inévitablement à la question du genre (c’est Jean-Pierre Biron qui va être content, voir le billet du 23 mai). L’intervention de la sociologue Virginie Descoutures, spécialiste de l’homoparentalité, est à cet égard éclairante.
“C’est quoi être une femme, c’est quoi être un homme ? Comment on va réussir un petit peu à s’arracher nos vieux costumes ancestraux pour être un peu plus libres ? Ce n’est pas qu’une histoire d’émancipation des femmes, bien sûr c’est la question principale car ce sont elles qui sont davantage dominées, mais pour les hommes aussi. Les hommes sont soumis à la domination du genre de manière terrible. D’ailleurs pour les pères gay, c’est très compliqué, puisqu’on trouve ça quand même plus légitime que deux femmes aient des enfants mais quand même, deux hommes… dans les sondages, c’est moins bien accepté que pour les femmes. Cela en dit long sur l’idée que les hommes ne peuvent pas s’occuper des enfants.”
Vous pourrez approfondir votre plongée dans cette question en regardant les quatre passionnantes vidéos (10’ chacune) Tout sur les études de genre, interview groupée des chercheurs et chercheuses Laure Bereni, Eric Fassin, Fabrice Virgili et Danièle Voldman, interrogé-e-s pour Mediapart par Antoine Perraud sur la notion d’études de genre.
Si après ça, vous ne signez pas la pétition pour la parité…


10:37 pm, in-vivo
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Robert Pattinson EST Cosmopolis, le dernier film du réalisateur canadien David Cronenberg. L’adaptation du roman de l’écrivain américain Don DeLillo, que je n’ai pas lu (parce que oui, je l’admets, c’est bizarre et difficilement compréhensible mais je ne lis quasiment pas de romans…), est incarnée par le beau gosse british que Twilight a rendu célèbre bien au-delà de ses espérances - et de sa volonté. Son parcours de comédien fait résonner toute la vacuité et l’absurdité du monde décrit dans Cosmopolis. On peut tout avoir, la célébrité, la gloire, l’argent pour Robert Pattinson, la célébrité, la gloire, l’art pour Eric Packer, le trader qu’il incarne, et tout perdre en un claquement de doigts. Loin de moi l’idée de souhaiter le pire à Pattinson, mais ce que le film nous enseigne, c’est la vitesse potentielle de la chute - et plus que jamais, l’important, c’est l’atterrissage. Dans la limousine de Packer, où se déroule presque l’intégralité du film dans une atmosphère de huis clos étouffant, conseillers, co-workers, maîtresse, docteur et body guards défilent. Tous, à leur manière, offrent à Packer une tentative d’explication du monde, tandis qu’une menace mortelle pèse sur lui - menace dont il fait bien peu de cas, obnubilé qu’il est par la chute (encore) du yuan qu’il n’a pas su prédire. Il y a du pathétique et de l’humour ; ça vite, très vite, si vite, c’est l’accélération décrite par Hartmut Rosa à son paroxysme. Plus rien n’est immuable. La détonation d’un pistolet, si elle fait sursauter, est aussitôt oubliée. Hop, next, fast forward. Puisque tout va si vite, plus rien n’a d’importance car rien n’a le temps d’être vraiment. On est, en tant que spectateur, parfois un peu perdu dans l’exploration économico-philosophique du capitalisme financier donné à voir et entendre dans sa version absolue et parfaitement immatérielle : des écrans, des chiffres, des courbes, du blabla (bullshit ?). Pas un dollar à l’écran, l’argent a disparu. On a parfois l’impression qu’on ne comprend pas ce qui se dit. Et, de fait, par moment, soyons honnête, je ne comprenais pas ce qui se disait. Mais peu importe car si l’on ne comprend pas ce qui dit, on comprend ce qui se joue, ce qui est à l’oeuvre. Ce qui rampe et nous guette, c’est la pure et simple disparition du réel, le jeu permanent de l’impermanence des choses. C’est la relation insaisissable de Packer avec sa (jeune) épouse, brillamment interprétée par Sarah Gadon. Entre eux, du Marivaux du troisième millénaire : ils se tournent autour, jouent, parient et perdent. Au milieu de tout ça, la quête du jour de Packer semble bien prosaïque : “I need a haircut”. He needs a haircut. Et pas dans n’importe quel salon de coiffure. Dans un salon de coiffure à l’autre bout de la ville, d’où le trajet sans fin en limousine dans un New York paralysé par la visite du Président des Etats-Unis. Le coiffeur connaît Packer depuis qu’il est petit, lui raconte quelques histoires de quand il était petit, lui parle de son père qu’il a connu quand il était petit : toute cette scène paraît vaine car d’émotion de “quand il était petit”, Packer n’en a manifestement pas. Rien. Void. Bientôt la coupe de cheveux est interrompue. Pas le temps. Hop, next, fast forward. Packer reprend la route, coiffé comme l’as de pique, pour aller à la rencontre de celui qui le menace. Il va au contact, il va au-devant de la seule chose qui semble permanente car inéluctable. No rewind. Dans cette ultime séquence de face-à-face, Pattinson excelle au jeu de la roulette russe, littéralement et figurativement. C’est bavard, très bavard, ça cause tout le temps, il y a des questions, beaucoup de questions, des tentatives de réponses, ça saoûle, par moment, j’ai même arrêté d’écouter. Pour autant, Cosmopolis est déroutant. La froideur qui se dégage de la réalisation, la beauté glaciale de Packer tiré à quatre épingles dans ses costumes, l’humour grinçant qui surgit ça et là, tout m’a étonnée et je suis sortie de la salle fascinée par l’étrange sentiment de n’avoir jamais rien vu de tel avant. Aux antipodes du dernier Audiard, De rouille et d’os, où le réel crève l’écran, Cronenberg livre un film où tout paraît faux alors que tout pourrait être vrai. Entre les deux, j’ai vu Moonrise Kingdom, le dernier film de Wes Anderson, dont j’avais aimé La vie aquatique, A bord du Darjeeling Limited et le film d’animation Fantastic Mr. Fox. Je soupçonne fortement Anderson d’être un control freak, comme Cronenberg et Audiard. Les control freaks, je les comprends bien alors j’ai de l’empathie pour eux. Pourtant, dans Moonrise Kingdom, Anderson m’a laissée sur le bord du chemin, abandonnée sur cette île de la Nouvelle-Angleterre où Sam et Suzy, deux jeunes enfants amoureux et incompris du reste du monde, décident de se faire la malle (pas évident sur une île). Le film, l’histoire, les décors, le jeu des interprètes, la réalisation, la photo, le grain de la pellicule, la musique (Alexandre Desplat, again, partout !) tout est tellement tenu, bordé, dompté que cela en devient froid et sans vie. Il n’y avait plus de place pour moi.
Depuis le jury de Cannes a rendu son palmarès. Audiard, Cronenberg et Anderson n’ont rien eu. Léos Carax et Alain Resnais non plus. Walter Salles, bredouille. Tous les critiques hurlent à l’infamie, dénoncent un palmarès raté, certains accusant même Nanni Morretti d’avoir privilégié la maison de diffusion Le Pacte, avec qui il a des liens. J’écoute ces jaseries et cancans cannois à la radio et soudain, je repense au film qui valut à Morretti sa palme d’or en 2001. Le formidable et terrassant La chambre du fils. Je revois cette ultime séquence où le couple et leur fille marchent sur la plage et, lentement mais sûrement, prennent chacun une direction différente, s’éloignant irrémédiablement les uns des autres, comme si la cassure de la disparition avait ouvert des gouffres entre eux, des brèches que l’on ne peut plus colmater. Je me dis que le palmarès d’un jury présidé par Morretti ne peut pas être si mauvais que ça. J’irai sans faute voir les films de son palmarès, pour voir le réel qu’il y a trouvé.

Robert Pattinson EST Cosmopolis, le dernier film du réalisateur canadien David Cronenberg. L’adaptation du roman de l’écrivain américain Don DeLillo, que je n’ai pas lu (parce que oui, je l’admets, c’est bizarre et difficilement compréhensible mais je ne lis quasiment pas de romans…), est incarnée par le beau gosse british que Twilight a rendu célèbre bien au-delà de ses espérances - et de sa volonté. Son parcours de comédien fait résonner toute la vacuité et l’absurdité du monde décrit dans Cosmopolis. On peut tout avoir, la célébrité, la gloire, l’argent pour Robert Pattinson, la célébrité, la gloire, l’art pour Eric Packer, le trader qu’il incarne, et tout perdre en un claquement de doigts. Loin de moi l’idée de souhaiter le pire à Pattinson, mais ce que le film nous enseigne, c’est la vitesse potentielle de la chute - et plus que jamais, l’important, c’est l’atterrissage.
Dans la limousine de Packer, où se déroule presque l’intégralité du film dans une atmosphère de huis clos étouffant, conseillers, co-workers, maîtresse, docteur et body guards défilent. Tous, à leur manière, offrent à Packer une tentative d’explication du monde, tandis qu’une menace mortelle pèse sur lui - menace dont il fait bien peu de cas, obnubilé qu’il est par la chute (encore) du yuan qu’il n’a pas su prédire. Il y a du pathétique et de l’humour ; ça vite, très vite, si vite, c’est l’accélération décrite par Hartmut Rosa à son paroxysme. Plus rien n’est immuable. La détonation d’un pistolet, si elle fait sursauter, est aussitôt oubliée. Hop, next, fast forward. Puisque tout va si vite, plus rien n’a d’importance car rien n’a le temps d’être vraiment.
On est, en tant que spectateur, parfois un peu perdu dans l’exploration économico-philosophique du capitalisme financier donné à voir et entendre dans sa version absolue et parfaitement immatérielle : des écrans, des chiffres, des courbes, du blabla (bullshit ?). Pas un dollar à l’écran, l’argent a disparu. On a parfois l’impression qu’on ne comprend pas ce qui se dit. Et, de fait, par moment, soyons honnête, je ne comprenais pas ce qui se disait. Mais peu importe car si l’on ne comprend pas ce qui dit, on comprend ce qui se joue, ce qui est à l’oeuvre. Ce qui rampe et nous guette, c’est la pure et simple disparition du réel, le jeu permanent de l’impermanence des choses. C’est la relation insaisissable de Packer avec sa (jeune) épouse, brillamment interprétée par Sarah Gadon. Entre eux, du Marivaux du troisième millénaire : ils se tournent autour, jouent, parient et perdent.
Au milieu de tout ça, la quête du jour de Packer semble bien prosaïque : “I need a haircut”. He needs a haircut. Et pas dans n’importe quel salon de coiffure. Dans un salon de coiffure à l’autre bout de la ville, d’où le trajet sans fin en limousine dans un New York paralysé par la visite du Président des Etats-Unis. Le coiffeur connaît Packer depuis qu’il est petit, lui raconte quelques histoires de quand il était petit, lui parle de son père qu’il a connu quand il était petit : toute cette scène paraît vaine car d’émotion de “quand il était petit”, Packer n’en a manifestement pas. Rien. Void. Bientôt la coupe de cheveux est interrompue. Pas le temps. Hop, next, fast forward. Packer reprend la route, coiffé comme l’as de pique, pour aller à la rencontre de celui qui le menace. Il va au contact, il va au-devant de la seule chose qui semble permanente car inéluctable. No rewind. Dans cette ultime séquence de face-à-face, Pattinson excelle au jeu de la roulette russe, littéralement et figurativement. 
C’est bavard, très bavard, ça cause tout le temps, il y a des questions, beaucoup de questions, des tentatives de réponses, ça saoûle, par moment, j’ai même arrêté d’écouter. Pour autant, Cosmopolis est déroutant. La froideur qui se dégage de la réalisation, la beauté glaciale de Packer tiré à quatre épingles dans ses costumes, l’humour grinçant qui surgit ça et là, tout m’a étonnée et je suis sortie de la salle fascinée par l’étrange sentiment de n’avoir jamais rien vu de tel avant. Aux antipodes du dernier Audiard, De rouille et d’os, où le réel crève l’écran, Cronenberg livre un film où tout paraît faux alors que tout pourrait être vrai. Entre les deux, j’ai vu Moonrise Kingdom, le dernier film de Wes Anderson, dont j’avais aimé La vie aquatiqueA bord du Darjeeling Limited et le film d’animation Fantastic Mr. Fox. Je soupçonne fortement Anderson d’être un control freak, comme Cronenberg et Audiard. Les control freaks, je les comprends bien alors j’ai de l’empathie pour eux. Pourtant, dans Moonrise Kingdom, Anderson m’a laissée sur le bord du chemin, abandonnée sur cette île de la Nouvelle-Angleterre où Sam et Suzy, deux jeunes enfants amoureux et incompris du reste du monde, décident de se faire la malle (pas évident sur une île). Le film, l’histoire, les décors, le jeu des interprètes, la réalisation, la photo, le grain de la pellicule, la musique (Alexandre Desplat, again, partout !) tout est tellement tenu, bordé, dompté que cela en devient froid et sans vie. Il n’y avait plus de place pour moi.

Depuis le jury de Cannes a rendu son palmarès. Audiard, Cronenberg et Anderson n’ont rien eu. Léos Carax et Alain Resnais non plus. Walter Salles, bredouille. Tous les critiques hurlent à l’infamie, dénoncent un palmarès raté, certains accusant même Nanni Morretti d’avoir privilégié la maison de diffusion Le Pacte, avec qui il a des liens. J’écoute ces jaseries et cancans cannois à la radio et soudain, je repense au film qui valut à Morretti sa palme d’or en 2001. Le formidable et terrassant La chambre du fils. Je revois cette ultime séquence où le couple et leur fille marchent sur la plage et, lentement mais sûrement, prennent chacun une direction différente, s’éloignant irrémédiablement les uns des autres, comme si la cassure de la disparition avait ouvert des gouffres entre eux, des brèches que l’on ne peut plus colmater. Je me dis que le palmarès d’un jury présidé par Morretti ne peut pas être si mauvais que ça. J’irai sans faute voir les films de son palmarès, pour voir le réel qu’il y a trouvé.


11:01 am, in-vivo
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His task : enrichir la langue française

Jean-Pierre Biron.
Inconnu au bataillon, right ? Jusqu’au 4 mai dernier, il était “conseiller spécial” auprès du ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand - celui qui s’est réjoui, suite à la victoire de François Hollande, de pouvoir à nouveau “faire des grasses matinées”. J’ai peine à croire que son activité de ministre l’ait empêché de dormir… Toujours est-il qu’à la veille de l’élection, sentant le vent socialiste souffler sur la Bastille et les Bons Enfants, il a bien fallu recaser les plus proches collaborateurs, les conseillers spéciaux dont on ne sait guère quels conseils ils prodiguent.
En la matière, Jean-Pierre, il a décroché le gros lot. Tenez-vous bien, il a été nommé à la présidence de la commission spécialisée de terminologie et de néologie au ministère de la Culture et de la Communication. CSTN-MCC. Quand j’ai lu l’entrefilet dans la Lettre du Spectacle ce matin, j’ai cru à une blague. Et puis j’ai tapé “commission spécialisée de terminologie et de néologie au ministère de la Culture et de la Communication” (c’est hyper long à taper) dans Google. Sans surprise, c’est un article sur Wikipédia qui m’a éclairée : “En France, les commissions spécialisées de terminologie et de néologie ont pris la suite des commissions de terminologie et de néologie qui avaient pour mission depuis 1972, au sein de chaque ministère, de formuler des recommandations pour l’usage de termes relatifs à un secteur donné. L’organisation et les activités de ces commissions sont soumises au régime du décret du 3 juillet 1996 relatif à l’enrichissement de la langue française.” J’ai relu plusieurs fois. Là encore, j’ai cru à une blague.

J’ai poursuivi ma lecture :
“Au sommet de ces commissions se trouve la commission générale de terminologie et de néologie, créée en 1997 et rattachée au Premier ministre. Elle a mis au point un Vocabulaire de l’informatique et de l’internet.
Le suivi du travail et la préparation des séances d’une commission sont assurés par un haut fonctionnaire de terminologie, avec un service désigné pour l’assister, notamment pour les tâches de secrétariat et la diffusion des travaux.
Parmi les commissions spécialisées de terminologie, on peut citer par exemple :

  • la Commission Spécialisée de Terminologie du Ministère des Affaires étrangères, qui a mis au point une liste de transcriptions pour les noms de pays et de capitales du monde dans l’arrêté du 4 novembre 1993,
  • la Commission Spécialisée de Terminologie et de Néologie de l’Informatique et des Composants Electroniques qui intervient sur la terminologie informatique

L’Académie française participe aux délibérations des commissions spécialisées de terminologie et de néologie. Les arrêtés qu’elles rédigent ne peuvent pas être publiés sans son accord au moins tacite. La délégation générale à la langue française et aux langues de France assure le secrétariat de la commission générale.” 

Wow. Il s’est vraiment trouvé un placard doré le Jean-Pierre. 
La commission générale de terminologie possède un site web, au graphisme hyper funky, FranceTerme où l’on peut découvrir les termes et néologismes proposés par les différentes commissions. Dans un esprit très “web 2.0”, l’internaute est même invité à participer, lui aussi, “à l’enrichissement de la langue française en déposant (ses) suggestions dans la boîte à idées”. Et il peut lire le mot du mois. En ce joli mois de mai, c’est “l’hydrolienne, l’éolienne sous l’eau. Elle éveille notre imagination, notre esprit s’envole - mais, au nom d’un froid réalisme, concédons que sous l’eau nous ne verrons pas grand-chose…” Encore une blague ? Elle est pas super fun l’hydrolienne ?

J’entame alors une plongée fascinante dans le grand monde de la langue française.

livre-éclair, n.m.
Domaine : édition et livre
Définition : ouvrage lié à un sujet d’actualité, qui est écrit et publié dans de très courts délais.
Equivalent étranger : quick book (en) 
Un exemple ? L’ouvrage François Hollande. De la Corrèze à l’Elysée : les coulisses d’une victoire, de Corinne Delpuech et Christine Poujet, imprimé dans la nuit du 6 mai et “remis le 7 mai à 5 heures du matin aux responsables des revues de presse des TV et radios : un exploit technique et éditorial, mais aussi journalistique” (peut-on lire sur le site d’Eyrolles).

film biographique ou biofilm, n.m.
Domaine : cinéma, audiovisuel
Définition : désigne un film illustrant la vie et l’oeuvre d’un personnage célèbre
Equivalent étranger : biopic (en) 
Un exemple ? La Môme, of course ! (je ne l’ai pas vu…)

J’arrête là. Très vite, une évidence : il s’agit de contrer les anglicismes. De bouter la langue de Shakespeare hors de l’hexagone. Out of here les “coach surfing”, “speed dating” et autre “prime time”, la commission de terminologie et de néologie is tracking you ! Les nouvelles technologies et le monde du cinéma et de l’audiovisuel sont d’ailleurs l’un des domaines où l’activité de la commission est la plus intense.

Pour preuve cette publication Vous pouvez le dire en français dédiée aux petit et grand écrans. Le fameux “prime time” ? Heure de grande écoute. “Jingle” ? Indicatif. “Teaser” ? Accroche. “Home cinema” ? Cinéma à domicile ou cinédom (si, si, je vous jure). “Guest star”. Vedette invitée (vedette, really ?). “Talk show” ?  Débat-spectacle ou émission-débat. Je vous laisse le soin de feuilleter la publication pour cerner la différence entre les deux termes. Anyway, boring as hell (chiant comme la pluie dans la langue de Molière) et totally old school. Le clou de Vous pouvez le dire en français, c’est la petite mention : “Ces termes, qui ont peu surprendre en français au moment de leur publication, font aujourd’hui partie de notre vocabulaire courant.” You’re kidding right ? LOL. Pardon. Vous plaisantez hein ? MDR. Si vous avez envie de vous amuser un peu, tous les numéros de Vous pouvez le dire en français sont en ligne ici

Sur certaines recommandations, je me suis moins marrée. Un sort particulier est réservé au terme “gender”. “L’utilisation croissante du mot genre dans les médias et même les documents administratifs, lorsqu’il est question de l’égalité entre les hommes et les femmes, appelle une mise au point sur le plan terminologique”, peut-on lire. Ah ah. “On constate en effet, poursuit l’article, notamment dans les ouvrages et articles de sociologie, un usage abusif du mot genre, genderutilisé notamment en composition dans des expressions telles gender awarenessgender bias, gender disparitiesgender studies…, toutes notions relatives à l’analyse des comportements sexistes et à la promotion du droit des femmes. Le sens en est très large, et selon l’UNESCO, « se réfère aux différences et aux relations sociales entre les hommes et les femmes » et « comprend toujours la dynamique de l’appartenance ethnique et de la classe sociale ». Il semble délicat de vouloir englober en un seul terme des notions aussi vastes.” Argh. Je m’étrangle un peu là. Plus loin : “Or, en français, le mot sexe et ses dérivés sexiste et sexuel s’avèrent parfaitement adaptés dans la plupart des cas pour exprimer la différence entre hommes et femmes, y compris dans sa dimension culturelle, avec les implications économiques, sociales et politiques que cela suppose.” Oups. Et la commission générale d’en conclure, magnanime : “La Commission générale de terminologie et de néologie recommande, plutôt que de retenir une formulation unique, souvent peu intelligible, d’apporter des solutions au cas par cas, en privilégiant la clarté et la précision et en faisant appel aux ressources lexicales existantes.”
Petite tentative de mise au point en réponse à cette recommandation publiée au Journal officiel du 22 juillet 2005. Non, le gender dans son acception anglo-saxone et dans le cadre des gender studies (dont l’auteur de cette recommandation - un homme, possibly maybe ? - n’est manifestement guère familier) ne désigne pas exclusivement le sexe biologique. Les gender studies ont justement révolutionné la pensée du genre en soulignant combien celui-ci n’est pas exclusivement ni naturellement lié au sexe biologique. Non, le gender ne concerne pas exclusivement la question du sexisme dont sont victimes les femmes, ni la promotion de leurs droits. Les gender studies s’attachent à montrer combien les questions du genre, de l’identité sexuelle, des droits et de la dignité de chacun concernent autant les hommes que les femmes - et sont problématiques pour tous. 

J’ai donc envie d’encourager vivement les membres de la CSTN-MCC et de l’Académie Française (antre de la parité, c’est bien connnu) à lire Simone Beauvoir et Judith Butler (ils peuvent commencer par le billet du 7 octobre). Come on Jean-Pierre : it’s working time !


12:19 am, in-vivo
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Voyez-vous le monde comme il le voit ?

15 jours de silence radio. Londres m’a laissé sonnée quelques temps puis le quotidien a vite repris le dessus. C’était sans compter Jacques Audiard. Avant-hier soir, Un prophète revu à la télé. Hier soir, De rouille et d’os au cinéma. Y a-t-il un autre cinéaste qui m’ait, à chaque film, ainsi mise KO debout ? De Regarde les hommes tomber à De battre mon coeur s’est arrêté en passant par Sur mes lèvres, c’est chaque fois une vision du monde qui s’impose, comme s’il semblait nous dire : “Voyez-vous le monde comme je le vois ?” “Est-ce ainsi que les gens vivent ?” pourrait-il ajouter. Des allumés, des écorchés, des perdus et éperdus, des amochés, des estropiés, des ratés… une galerie de petites frappes, de femmes et d’hommes à qui la vie a tout pris ou bien jamais rien donné, des timides violents et des brutes épaisses tendres comme des agneaux, ils peuplent ses films à la réalisation et la photographie incomparables. Ils ont tous la rage au coeur et même si leurs histoires paraissent toujours trop romanesques et flamboyantes pour être vraies, c’est comme si elles parlaient de nous. C’est comme si tout parlait de nous, le point de vue, l’éclairage, les contre-jours, les reflets du soleil, la musique et le son, l’humour et le rire suivis de la peur, de l’angoisse et de l’absolue solitude.
Par dessus tout, Audiard est un directeur d’acteurs à tomber par terre. C’est pour dire, il a fait de Romain Duris un immense interprète dans De battre… et dans De rouille et d’os il embarque Marion Cotillard dans une partition magnifique - c’est à marquer d’une pierre blanche car je suis souvent aussi sceptique sur le jeu de Cotillard que sur celui de Duris. Et que dire de Matthieu Kassovitz dans Regarde les hommes tomber ? Et de Tahar Rahim dans Un prophète ? 
Dans la critique de De rouille et d’os parue dans Le Monde, le journaliste se hasarde à une bien étonnante comparaison. “Hypothèse amusante, doublée d’un petit problème de pataphysique : à quoi ressemblerait Intouchables si Jacques Audiard le réalisait ? La réponse est donnée jeudi 17 mai dans les salles françaises et au Festival de Cannes, où le film est en compétition : il ressemblerait à De rouille et d’os. La plaisanterie s’enlève sur la rouille de la fable : une romance entre une handicapée d’honnête condition et une armoire à glace échappée du quart-monde, l’alliance magnifiée de deux faiblesses contre l’injustice et la cruauté du monde.” 
J’ai vu très récemment, à la télé, Intouchables que j’avais, pour partie par snobisme intellectuel, omis d’aller voir en salle. Le consensus autour du film me paraissait suspect et un article publié dans Le Monde consacré à la mécanique de production digne d’un scénario américain avait achevé de me tenir éloignée du phénomène. Sans mauvais jeu de mots, je dois bien reconnaître que j’ai été touchée. C’est un bel enchaînement rythmé de séquences franchement drôles, mettant en jeu et tournant parfois au ridicule quelques beaux travers et autant d’évidences de classe. J’accorde la palme à la scène à l’opéra où Driss, incarné par Omar Sy, découvre, tout d’abord hilare que le chanteur, “déguisé en arbre”, chante en allemand, puis stupéfait, comprend que cela va durer 2h40. On pourrait juger qu’il s’agit là d’une plaisanterie un peu facile sur l’art lyrique… ou l’on peut simplement admettre la surprise ressentie par celui qui n’a pas les codes de cette étrange cérémonie. Bref, Intouchables est plutôt une réussite, portée par Omar Sy et par une réalisation un peu trop propre pour être honnête, mais fort efficace. Les séquences en banlieue, quand Driss rentre au quartier, sont bien plus intéressantes du point de vue de la réalisation, du cadrage, de la photo et de la mise en son et en musique que celles dans l’immeuble particulier de Philippe où l’on s’ennuie quand même un peu - sauf, précisément, quand Driss vient y piquer un oeuf Fabergé et bousculer les habitudes convenues. Bien vu de la part des réalisateurs que l’intrusion de cet élément perturbateur, minorité ultra visible dotée d’un sens de l’humour qui séduit tout le monde. 

Soit. Mais quelle drôle d’idée que d’envisager un éventuel parallèle entre Intouchables et De rouille et d’os. Car si Olivier Nakache et Eric Toledano ont fait un chouette film, Audiard, lui, fait du cinéma. Il saisit le spectateur, l’embarque, ne le lâche plus, comme il ne lâche jamais ses personnages, le secoue, le brutalise, l’émeut, le tord, lui fait peur et mal au bide. Marion Cotillard et l’extraordinaire Matthias Schoenaerts, repéré dans l’impressionnant Bullhead (voir billet du 14 mars), se sauvent mutuellement la vie dans De rouille et d’os. Comme le Malik d’Un prophète, ils avalent des couleuvres et encaissent jusqu’à l’insoutenable pour finir par réussir à devenir et être. Mazette, rien que de l’écrire et d’y repenser, j’en ai encore la chair de poule. Je crois bien que je vois parfois le monde comme Audiard le voit, et de le voir, là, à l’écran, c’est abyssal. 


08:58 pm, in-vivo
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Croyez le si vous le voulez, mais l’émission Des Racines et des ailes de ce soir sur France3 est dédiée à Londres. On a déjà eu droit au “Good evening” de Louis Laforge (with a perfect French accent) et à un “Londres, capitale aux 1000 facettes”. J’attends donc avec impatience d’entendre la phrase ”Londres, terre de contrastes” ! J’en conclurai que j’ai un don de prémonition…(si vous ne comprenez rien à ce billet, il ne vous reste qu’à lire le précédent, celui du 7 mai)

Croyez le si vous le voulez, mais l’émission Des Racines et des ailes de ce soir sur France3 est dédiée à Londres. On a déjà eu droit au “Good evening” de Louis Laforge (with a perfect French accent) et à un “Londres, capitale aux 1000 facettes”. J’attends donc avec impatience d’entendre la phrase ”Londres, terre de contrastes” ! J’en conclurai que j’ai un don de prémonition…
(si vous ne comprenez rien à ce billet, il ne vous reste qu’à lire le précédent, celui du 7 mai)